Je ne pourrais pas décrire mieux comment je me sentais pendant ce show que l’a fait Mariane. D’ordinaire, je n’aime pas ce genre de musique qui varge et qui geule. Ce qui se passe avec ce groupe, c’est que c’est ordonné comme vargage, c’est qu’il y a toujours de superbes mélodies, c’est qu’ils chantent pour vrai et n’essaient pas de prouver quoi que ce soit. Et les changements de rythmes incessants qui nous laissent sur notre soif. Et puis la voix du chanteur est trippante, et les paroles.. Ouf, les paroles! Bref, tous ces éléments font d’eux un groupe puissant. Et c’est cette puissance qui me fait tripper; qui me fait caler dans mon fauteuil à chaque toune.

J’y suis allé gratuitement à ce show, parce que de payer 60$ pour des groupes que je ne connaissait pas et pour voir SOAD jouer une heure et principalement des nouvelles tounes (que je ne connaissait pas parce que.. parce qu’allez donc voir le site de Mary et vous allez comprendre ;) ), me laissait un peu indifférente.

En fait, non, je n’y suis pas allée gratuitement. J’avais un énorme prix à payer pour y aller. Je devais payer payer par mon endurance physique et psychologique. Andy, Mariane et Moi avons été engagées pour une soirée par Écho-Logique qui s’occupe du recyclage et parfois des ordures après les shows en plein-air. Nous avont donc débutés à 21hrs du soir pour terminer à 7heures du mat le lendemain.

Nous étions trempés à lavette dès la première note du Show, la boue pénétrait dans mes pauvres basquettes qui maintenant sentent la merde à deux pieds de circonférence. Mon corps mené par l’adrénaline me criait d’arrêter à chaque heure où j’allais tomber d’hypothermie. J’allais me laver les pieds dans le lavabo des toilettes (et putain que je l’aimais le séchoir à mains!) et puis go, on continue.

On aurait dit une scène de bataille. Le site dans une noirceur et un silence complet et des milliers de verres de bières, de bouteilles de plastique, de souliers (et pleins d’objets inusités comme un oreiller, du gel à raser, du maquillage, du déo, etc..) gisaient partout, sans vie. Et puis nous, dans le silence et la consternation, étions penchés sur eux, pareils à de vaux riens qui vieinnent voler les quelques pièces d’or dans les poches des soldats après les batailles. C’était une émotion à la fois dure et empreinte de force et de mélancolie qui m’habitais. Je me sentais détruite par ce trop de négligence des spectateurs qui nous faisait passer la nuit à nous tremper dans la boue et dans les ordures, détruite par ce que je devenais l’avocate de ce bout de terre, celle qui en prenais soin, celle qui en souffrait de la voir si amochée. Celle qui était la seule à savoir combien elle avait mal et qui se demandait comment les humains pouvaient êtres aussi insouciants et égocentriques par moments. Je souffrait de son silence et de son innocence, à cette terre, notre Terre.

Oui, comme l’a dit Mary, c’était une sensibilisation immédiate, et comme on l’avait discuté entre nous, ce serait une excellente corvée pour les travaux communautaires. Parce que nous, qui sommes déjà sensibilisées au sujet, sommes les mêmes qui se font encore plus sensibiliser en travaillant dans le domaine. Tandis que ceux qui s’en foutent et qui sont les mêmes qui jettent leurs verres à bierre en plein milieu d’un parc (PARC Jean-Drapeau, bâtar) ce serait eux qui deveraient plutôt se faire lancer la réalité en pleine face comme on nous l’a fait ce soir là.

Je suis heureuse et fière d’avoir aidé au nettoyage de ce parc, et je sens que quelque part, j’ai fait ce que j’avais à faire, et que oui, on peut changer les choses.